Le dernier passager du wagon 13 - Histoires du jour
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lundi 25 mai 2026

Le dernier passager du wagon 13

 


La pluie tombait violemment sur la ville de Montreval lorsque Lucas monta dans le dernier métro de la nuit.

Il était presque minuit.

Les rues étaient désertes, les lampadaires clignotaient par moments, et un étrange brouillard recouvrait les rails.

Lucas venait de terminer une longue journée de travail. Fatigué, il entra rapidement dans le wagon presque vide et s’installa près de la fenêtre.

Il n’y avait que trois personnes.

Un homme âgé qui dormait au fond.
Une femme tenant un parapluie rouge.
Et un jeune garçon qui regardait fixement le sol.

Le métro démarra dans un bruit métallique inquiétant.

Au début, tout semblait normal.

Mais après quelques minutes, Lucas remarqua quelque chose d’étrange.

Le métro ne s’arrêtait plus.

Les stations défilaient sans jamais ouvrir leurs portes.

“République… Saint-Michel… Opéra…”

Puis soudain…

les noms des stations changèrent.

“Ligne abandonnée.”
“Terminus oublié.”
“Voie 13.”

Lucas fronça les sourcils.

Il regarda autour de lui.

Personne ne semblait surpris.

Même la femme au parapluie restait immobile, les yeux fixés vers la vitre noire.

Le métro accéléra brusquement.

Les lumières commencèrent à clignoter.

Puis elles s’éteignirent complètement pendant quelques secondes.

Quand elles se rallumèrent…

le vieux monsieur avait disparu.

Lucas sentit son cœur se serrer.

Il se leva immédiatement.

— « Monsieur ? »

Aucune réponse.

Le siège était vide.

Mais ce n’était pas le pire.

À la place où l’homme était assis…

il y avait maintenant une flaque d’eau.

Comme s’il avait été trempé par la pluie.

Lucas commença à paniquer.

Il s’approcha des portes et appuya plusieurs fois sur le bouton d’urgence.

Rien.

Le métro continuait sa route dans un tunnel de plus en plus sombre.

Puis le jeune garçon leva lentement la tête.

— « Tu n’aurais pas dû monter ici… »

Sa voix était froide.

Presque inhumaine.

Lucas recula.

— « De quoi tu parles ? »

Le garçon le regarda sans cligner des yeux.

— « Ce métro ne ramène personne. »

Un frisson traversa tout le corps de Lucas.

Soudain, les haut-parleurs grésillèrent.

Une voix déformée annonça :

— « Prochaine station… les disparus. »

Les lumières se mirent à clignoter plus rapidement.

Et pendant une seconde…

Lucas aperçut des silhouettes dehors.

Des dizaines de personnes immobiles dans le tunnel.

Certaines semblaient blessées.
D’autres avaient le visage entièrement noir.

Comme brûlé.

Puis tout disparut.

Le métro ralentit enfin.

Les portes s’ouvrirent dans un long bruit aigu.

Dehors, il n’y avait aucune station.

Seulement un quai abandonné plongé dans le noir.

Un panneau rouillé affichait :

“VOIE 13”

La femme au parapluie se leva alors doucement.

Et sans regarder Lucas, elle murmura :

— « Ne descends jamais ici. »

Puis elle sortit du wagon.

Les portes commencèrent immédiatement à se refermer.

Mais avant qu’elles ne se ferment complètement…

Lucas aperçut quelque chose derrière elle.

Des dizaines de silhouettes debout dans l’obscurité.

Immobiles.

En train de les regarder.

Lucas sentit sa respiration se bloquer.

Au dernier moment, il réussit à empêcher les portes de se fermer complètement.

— « Attendez ! »

Il sauta sur le quai.

Le métro repartit aussitôt.

Et disparut dans le tunnel.

Le silence devint total.

Lucas regarda autour de lui.

Le quai semblait abandonné depuis des années.

Des affiches déchirées recouvraient les murs.

Certaines dataient de 1986.

D’autres portaient des avis de recherche.

Puis Lucas entendit un bruit derrière lui.

Des pas.

Lents.

Très lents.

Il se retourna brusquement.

La femme au parapluie avait disparu.

À sa place se tenait un homme vêtu d’un uniforme de contrôleur.

Son visage était pâle.

Trop pâle.

— « Vous êtes enfin arrivé », dit-il calmement.

Lucas recula.

— « Où suis-je ? »

L’homme sourit légèrement.

— « Entre deux destinations. »

Le tunnel se mit soudain à trembler.

Au loin…

un autre métro approchait.

Mais celui-ci était différent.

Les fenêtres étaient noires.

Et à l’intérieur…

des silhouettes frappaient contre les vitres.

Comme si elles voulaient sortir.

Lucas sentit la peur envahir tout son corps.

— « Qu’est-ce que c’est ? »

Le contrôleur répondit lentement :

— « Les passagers qui ont essayé de partir. »

Le métro arriva dans un vacarme terrifiant.

Les portes s’ouvrirent brutalement.

Une odeur glaciale envahit le quai.

Et Lucas reconnut immédiatement certains visages à l’intérieur.

Le vieux monsieur du wagon.

La femme au parapluie rouge.

Et même…

le jeune garçon.

Tous le regardaient maintenant avec un sourire étrange.

Le contrôleur posa une main sur son épaule.

— « Tu dois choisir maintenant. »

— « Choisir quoi ? »

L’homme le fixa longuement.

— « Monter… ou rester ici pour toujours. »

Lucas sentit soudain quelque chose vibrer dans sa poche.

Son téléphone.

L’écran s’alluma tout seul.

00:00

Puis une notification apparut :

“Lucas Morel déclaré disparu depuis 3 jours.”

Son sang se glaça.

— « Non… c’est impossible… »

Mais un souvenir lui revint brutalement.

La pluie.
Les freins.
Un cri.
Puis…

plus rien.

Ses jambes tremblaient.

Le contrôleur murmura alors :

— « Certains passagers ne réalisent pas immédiatement qu’ils sont morts. »

Lucas regarda le métro une dernière fois.

Les silhouettes continuaient de frapper contre les vitres.

Certaines pleuraient.
D’autres criaient silencieusement.

Puis il aperçut son propre reflet dans la vitre.

Son visage était couvert de sang.

Le métro poussa un long hurlement métallique.

Les portes commencèrent à se fermer.

Et dans le noir du tunnel…

quelqu’un chuchota :

— « Bienvenue à bord du wagon 13… »

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